Des solutions pour un journalisme freelance en péril

Des horaires de travail incertains. Le manque de sécurité. Des tarifs et salaires inférieurs à ceux du marché. La liste des difficultés auxquelles les journalistes freelances sont confrontés est longue. Imaginer des solutions pour les soutenir et rendre leur profession durable, un défi impossible ?

Il fallait y penser. Laura Oliver l’a fait. En pleine crise de Covid, cette journaliste freelance anglaise décide de co-créer une communauté mondiale de journalistes indépendants. L’objectif ? Se serrer les coudes dans la difficulté du métier en pleine pandémie.

Tout a commencé par un tweet

C’est parti d’un café virtuel planifié tous les jeudis. Au fil des semaines, via la plateforme en ligne Zoom, de plus en plus de journalistes en détresse ou en quête de soutien ont rejoint la discussion. C’est ainsi qu’est née la Society of Freelance Journalists en 2020. Depuis, cette communauté cherche à avancer des solutions pour faciliter le journalisme freelance de demain. Mais comment rassembler ces collègues issus des quatre coins du monde en pleine pandémie ? C’est ce que raconte Laura Oliver. ⬇️

Interview de Laura Oliver, journaliste freelance – Réalisée par Pauline Bienfait

Un besoin criant de solidarité qui n’a fait que croître. Et l’arrivée du Covid n’a rien arrangé. “Je n’ai pas été payée pendant trois mois d’affilé“, raconte Abigail Edge, journaliste freelance anglaise et co-fondatrice de la Society of Freelance Journalists. De son côté, Priyanka Shankar, journaliste indépendante basée à Bruxelles, mentionne le fait qu’une grande partie de l’argent qu’elle gagne est engloutie par les frais administratifs auxquels les indépendants ne peuvent se soustraire.

Une enquête parlante

Une enquête menée par la Freelance Journalism Assembly en Europe dont les résultats n’ont pas encore été publiés révèlent des résultats parlants. Comme l’explique Ana Maria Salinas, journaliste indépendante colombienne et dirigeante de l’Assemblée, 90% des journalistes freelances estiment que leurs conditions de travail ont stagné voire empiré depuis cinq ans.

Le constat interpelle. Afin d’envisager une suite pérenne et viable pour les journalistes indépendants, plusieurs solutions sont envisagées. Il y a, d’une part, une attitude à adopter de la part des journalistes solo. Comme l’explique Ana Maria Salinas, “la collaboration, c’est la clef“. Il est extrêmement important de rentrer en contact et de travailler avec d’autres journalistes afin de diversifier son offre et de parvenir à être publié dans plusieurs langues. “Il faut rejoindre des communautés de journalisme de solutions“, ajoute Priyanka Shankar, “cela m’aide beaucoup depuis la pandémie“.

En tant que freelance, il est très important de connaître sa valeur

Et puis, il est important d’oser revendiquer un meilleur salaire. Cela va de pair avec la confiance en la qualité de son travail et de l’expérience acquise et accumulée au fil des années. “En tant que freelance, il est très important de connaître sa valeur“, explique Laura Oliver.

D’autre part, c’est à l’industrie du journalisme de changer. Les rédactions se doivent d’assurer la sécurité de leurs employés, quelque soit leur statut. Mais ce n’est pas encore le cas automatiquement, explique Laura Oliver. “J’ai en tête l’exemple très récent de ces deux journalistes indépendants partis en Ukraine pour le Daily Beast. Ils ont été touchés par des balles et gravement blessés”, explique-t-elle. Le média pour lequel il remplissait la mission ne les avait pas doté d’un équipement de sécurité suffisant.

C’était formidable de recevoir un feed-back

Deux autres éléments à mettre en place concernent les newsrooms et plus spécifiquement les rédacteurs en chef. De manière générale, les retours sur le travail des journalistes indépendants ne sont pas systématiques. Laura Oliver explique qu’un des journaux pour lequel elle travaillait en pleine pandémie a décidé d’élargir le suivi général aux journalistes indépendants. “C’était formidable de recevoir un feed-back”, confie-t-elle. Abigail Edge, de son côté, explique avoir reçu un court e-mail de son rédacteur en chef lui disant qu’elle avait fourni un bon travail. “C’est très encourageant et on se sent soutenu”. Son souhait? Donner la parole aux journalistes freelance au sein des rédactions et leur soumettre des directives d’écriture très claires. “Cela rendrait la séance de pitching plus facile et agréable”. Sans oublier l’accessibilité des rédacteurs par téléphone explique Abigail Edge.

Ces petits changements viendraient faciliter le travail de ces journalistes isolés dont le rôle est absolument essentiel. Pourquoi ? Car les freelances ont le pouvoir de proposer des idées d’articles originales et des enquêtes audacieuses. Leur regard extérieur peut aider les publications à atteindre de nouveaux publics. Sans oublier leur immense utilité à combler les lacunes dans les rotations du personnel et offrir un soutien de dernière minute les jours de grande actualité.

Comment s’est passée ta semaine ? 

Avoir le sentiment d’être soutenu moralement. Obtenir du feed-back. Jouir d’une assurance de sécurité physique et financière. Et puis, la collaboration entre collègues. Quelques exemples de solutions qui permettraient aux journalistes freelances de mener à bien leur profession tout en menant une vie saine et confortable. A l’image de communautés en pleine expansion comme la Society of Freelance Journalistes dont l’appel hebdomadaire commence par la question “comment s’est passée ta semaine ?“, la demande de soutien et l’attrait pour ces solutions sont bien réelles.

par Pauline Bienfait

Crédit photographique: ©Pexels

Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours “Production de formats journalistiques innovants”, dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

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